La vie de deux agricultrices : “Les 35 heures, on ne connaît pas !”

Le quotidien des agriculteurs est loin de ce que l’on imagine. Deux agricultrices du Poitou-Charentes, Marie-Christelle et Joëlle, se sont ouvertes sur leur quotidien et cassent l’image de leur métier très masculin. Elles prônent l’agriculture raisonnée qui place le respect de l’environnement parmi les priorités. Elles jonglent entre le travail à la ferme et l’administrative tout en étant à la pointe de la technologie.
Marie-Christelle et Joëlle

On les voit peu mais pourtant, elles sont bien là. Selon un sondage de BVA, les femmes représentent environ un tiers des actifs de l’agriculture et constituent le quart des chefs d’exploitation en France. C’est le cas de Marie-Christelle et Joëlle. Elles sont associées avec quatre autres agriculteurs, une autre femme et trois hommes, tous patrons de leur ferme. Les deux femmes sont venues au Salon de l’Agriculture pour représenter FARRE, le Forum de l’Agriculture Raisonnée Respectueuse de l’Environnement, au stand de la ferme de l’Odyssée Végétale. Ce forum a pour but de renforcer les impacts positifs des pratiques agricoles sur l’environnement et de réduire les effets négatifs. Marie-Christelle et Joëlle partagent le récit de leur quotidien qui casse bien des préjugés.

Des accouchements tous les jours Lire la suite

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Un label pour protéger l’agriculture africaine

Au Salon de l’Agriculture, dans le pavillon « Agricultures & délices du monde » les expositions africaines battent leur plein. Les professionnels du secteur se réjouissent que leurs produits puissent désormais bénéficier du label Indication géographique protégée (IGP).

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Salon de l’agriculteur ou de l’agricultrice ?

 30% des actifs de l’agriculture sont des femmes selon un sondage BVA/Crédit Agricole, publié à l’occasion du Salon International de l’Agriculture 2013 qui finit ce dimanche. Pourtant en parcourant les allées des différents pavillons, le constat semble différent : peu de femmes sont présentes.

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La productrice de la ferme de bois Champeau (Yvelines) au salon de l’agriculture Source: Flickr

Le métier d’agriculteur est-il toujours aussi macho ? Au Salon de l’Agriculture, lorsque l’on vient à la rencontre des professionnels, il semble que oui. Après avoir errer entre les stands, on se rend vite compte que les femmes ne sont pas majoritaires.  Et cela plus particulièrement dans l’élevage: dans le pavillon réservé aux bovins, une seule vachère présentait son élevage selon les exploitants masculins mais est restée introuvable. Une disparité qui se retrouve dans les chiffres : ¾ des exploitations françaises en 2010 sont dirigées par des hommes. Et cette inégalité se renforce chez les plus jeunes : seul un jeune agriculteur sur cinq était une femme en 2010.

Pourtant certaines études, comme celle de BVA commandée par le Crédit Agricole, démontrent que la population féminine dans le paysage agricole est passée de 8% en 1970 à 30% en 2013. La banque plébiscitée par la profession (9 agriculteurs sur 10) explique sur son site que “les femmes sont devenues incontournables dans le paysage agricole”. Elles sont même mises en exergue par le Monde qui écrit que les agricultrices ne sont “ pas assez reconnues”. Le Salon de l’Agriculture, cet exercice de communication par excellence, aurait-il alors minimiser la présence féminine ? Olivier, jeune commis qui présentait les vaches de son élevage, est convaincu que les agricultrices ne sont pas en infériorité numérique :

Dans les services

En réalité, si les femmes ne sont pas présentes dans l’élevage, elles n’en restent pas moins très bien représentées dans d’autres domaines de l’agriculture et plus particulièrement ceux des services.  Maryse est commerçante et s’est installée au pavillon Régions de France pour toute la durée du salon. Elle vient vendre de la viande fumée des Vosges et selon elle  « c’est plus difficile de trouver des femmes dans l’agriculture que dans le commerce. Il faut être résistant, c’est quand même fatiguant de soulever des charges etc., je pense que c’est cela qui fait la différence ». D’autres domaines attirent aussi: «  le tourisme, le milieu rural, l’agriculture biologique » explique le formateur Luc Pilet, représentant de la Maison Familiale Rurale (MFR). En effet, le tourisme rural voit émerger plusieurs profils féminin : 60% des actifs de l’agrotourisme sont des femmes. En Italie, où une entreprise agricole sur trois est dirigée par une femme, ce sont ces structures d’agrotourisme qui ont permis le développement de la féminisation de la profession.  Les actives dans l’agriculture sont donc plus présentes dans le tertiaire, un phénomène qui se retrouvent dès les études.

En effet, la proportion de femmes dans les études agricoles augmente, surtout après le bac. Elles se dirigent plus vers les études supérieures et moins dans les formations courtes comme celles dédiées à l’élevage. Prescilla, est étudiante et est venue présenter son école d’ingénieurs aux visiteurs du Salon International  de l’Agriculture. Elle affirme d’un ton vif qu’il y ‘a «  43% de filles dans [sa] promotion », selon elle, « les filles sont plus intégrées » à ce niveau d’études. Comme elle, Elisa a orienté son projet professionnel vers des formations supérieures: ce qui l’attire « c’est les laboratoires ». Dans une interview pour le site de l’emploi agricole Apecita, la sociologue Sabrina Dahache, analyse cette féminisation croissante: “La féminisation des formations agroalimentaires est venue dans un second temps. En 2008, les filles représentaient 59 % des effectifs contre 16 % en 1974”. Elle ajoute que “ Les enseignants eux-mêmes ont parfois une approche sexuée des filières qui les poussent à encourager les filles à aller vers des formations services, analyses en laboratoire ou encore soin, aide et animateur équin”. La présence des femmes dans les services de l’agriculture peut-être donc aussi le résultat d’une orientation “guidée” par les acteurs de la formation. Toutefois si les agricultrices représentent 30% des emplois dans ce secteur d’activité, de l’élevage à l’agronomie, elles restent minoritairement représentées dans les instances de représentations syndicales. Mais 2013 pourrait être l’année du changement: pour la première fois, les listes des élections de la Chambre de l’Agriculture en janvier dernier devait être composées d’au moins 30% de femmes. .

Préserver la bonne santé du bio

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La filière biologique est en plein essor depuis une dizaine d’années.Les professionnels du milieu réfléchissent désormais sur la manière de conserver cette dynamique.

Le bio peut-il sauver l’agriculture aujourd’hui ? Les acteurs de la filière l’ont affirmé lors d’un séminaire organisé jeudi par l’Agence Bio, un organisme mixte chargé de son développement, en présence du ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, lors du 50ème Salon International de l’Agriculture à Paris.

Quand l’agriculture intensive voit sa surface agricole diminuer, la production biologique profite d’une fulgurante progression depuis une dizaine d’années. Pour François Thiery, le président de l’Agence Bio, l’agriculture biologique constitue l’avenir : “L’agriculture [traditionnelle] se cherche depuis 50 ans. L’avantage de l’agriculture biologique est qu’elle a su innover  en matière technique, en termes de gouvernance, c’est-à-dire coopérer avec des acteurs multiples.”

Une production multipliée par 3,7 en dix ans

Malgré la crise, l’agriculture biologique se porte bien, comme le confirme graphiques à l’appui, Elisabeth Mercier, la directrice de l’Agence BIO, « on compte aujourd’hui, en 2012  37, 5 millions d’hectares de cultures biologiques certifiées. » La production biologique s’est multiplié par 3,7 en l’espace de dix ans, en 1999, il y avait seulement un peu plus de 10 millions d’hectares cultivées. La directrice de l’Agence Bio a souligné que cette évolution positive est à relier avec l’arrivée de nouveaux marchés en Asie et en Afrique. L’Asie recouvre actuellement  10% de l’agriculture biologique mondiale contre 3% pour l’Afrique.

La croissance de l’agriculture bio a profité à la France avec une augmentation de 300 000 hectares en deux ans. « Il est remarquable de voir le dynamisme du secteur depuis 5 ans sur le territoire après avoir été décrié pour son retard », a  rajouté Elisabeth Mercier. En effet, sur le plan européen, l’Hexagone occupe la première place sur l’utilisation des surfaces agricoles bio devant l’Espagne et la Pologne.

La filière profite du soutien du gouvernement, qui a annoncé en décembre le programme « Ambition 2017 ». Il consiste à garantir la pérennité et préserver la spécificité de ce type d’agriculture. « Ce n’est pas seulement le bio qui doit intégrer le défi environnemental mais tout le secteur  de  l’agriculture », a rajouté Stéphane le Foll.

Statistiques à prendre avec précaution

Pourtant, ces résultats sont à prendre avec précaution. Les résultats varient d’un pays à un autre. Certaines régions ne disposent pas de statistiques pour évaluer de façon approfondie, leur production biologique. Les deux puissances mondiales, les États-Unis et la Chine sont dans ce cas de figure.

La consommation de produits biologiques suit logiquement la même courbe. En 12 ans, le marché alimentaire bio a plus que quadruplé (60,9 milliards de dollars en 2010). « On constate une forte demande des consommateurs pour le bio, notamment pour les produits frais comme le lait, le fruit et les légumes », poursuit Elisabeth Mercier. Au Danemark, 30% du lait consommé est bio. En France, le développement du marché bio se poursuit. Il est évalué pour l’année 2012 à 4,1 milliards d’euros. Soit une augmentation de 5% par rapport à 2011. « Il  existe un marché pour les produits biologiques, un marché réel », a martelé Stéphane Le Foll. Le ministre a aussi évoqué le dépôt d’une proposition législative courant mars sur l’insertion de produits bio dans les cantines.

Dans les assiettes des cantines

Elisabeth Mercier a expliqué que cette expansion a été favorisée avec la mise en place de politiques publiques dans ce domaine par les Etats, mais aussi une éducation à la consommation de produits bio. On peut également citer  la diversification des circuits de distribution avec les Biobox en Italie. Aujourd’hui, l’ambition est d’introduire le bio au sein des restaurations collectives« Ceci montre que rien n’est  bloqué, tout dépend de la manière qu’on agit », a ajouté la directrice de l’Agence Bio.

Le succès de l’agriculture biologique repose sur un certain nombre d’actions à l’échelle mondiale et une réglementation stricte. La FAO (Food and Agriculture Organization), représenté par  Nadia El-Hage Scialabba, mène des actions dans  ce domaine depuis 1999. Son objectif est  d’aider les plus démunis à mieux utiliser leurs ressources et permettre ainsi une autosuffisance alimentaire. A l’instar de la région du Tigray en Ethiopie, en situation de famine aux débuts des années 2000. Aujourd’hui,  cette région est autosuffisante  avec  un million d’hectares de terres réhabilités. Dans le Pacifique, la FAO, à travers ses programmes,  a permis  la reconversion de matières premières  vers de nouveaux produits bio (transformation du copra à l’huile vierge de coco aux Iles Samoa).

Trop de logos

Sur le plan européen, l’année 2012 fut une année charnière. Joao Onofre, chef de l’Unité Agriculture biologique à la Commission Européenne, a reconnu la difficulté d’imposer le secteur bio au niveau européen. L’agriculture biologique souffre en Europe  de trois problèmes significatifs. Premièrement, des problèmes liés à la compétitivité, caractérisée par une difficulté d’analyser  le secteur. En second lieu, un problème lié aux règles  européennes biologiques (polémique sur les OGM, principe du polleur-payeur). A cela s’ajoute une difficulté concernant la confiance du consommateur : multiplication des logos, manque de promotion et d’information. C’est dans ce cadre que l’Union Européenne envisage une révision  de la réglementation sur l’Agriculture biologique. « C’est une révision nécessaire pour défendre et préserver le bio ».

Si l’agriculture biologique bénéficie d’une belle image aujourd’hui, il n’empêche que certaines questions persistent : cherté de ce type de produits, problème accessibilité. Et à trop grossir, l’agriculture biologique n’a-t-elle pas fini par tomber dans dans les travers de l’économie mondiale ?

 Eline   Ulysse

Paysans cherchent main d’œuvre désespérément

(CC Flickr by Bobby Lightspeed http://bit.ly/13vhfwp )

(CC Flickr by Bobby Lightspeed http://bit.ly/13vhfwp )

Cette année encore, de nombreux jeunes se rendent au Salon International de l’Agriculture à Paris, l’occasion pour les exposants de créer des vocations pour un métier en manque de bras.

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