Le piratage, nouvel ennemi des éditeurs

Le Salon du livre se tient ce week-end à Paris avec pour toile de fond un phénomène grandissant : le piratage des livres numériques. A l’heure où les lecteurs « numériques » sont de plus en plus nombreux, l’inquiétude de l’édition française ne cesse de croître devant tous ces nouveaux pirates potentiels. Lire la suite

Monoprix et les poules en batterie

Dans un communiqué du 5 février dernier, Monoprix clamait haut et fort son amour pour la volaille en annonçant qu’elle cesserait de vendre des œufs de poules élevées en cage à partir d’avril prochain. Un belle communication qui cache une réalité plus contrastée : le « bien-être » des poules et la qualité des oeufs sont très relatifs dans l’industrie agroalimentaire.

Crédit : MrTopher Flickr CC (by nc sa)

Crédit : MrTopher Flickr CC (by nc sa)

A voir les bêtes de concours du salon de l’agriculture, on se dit que les gallinacés ont quand même la belle vie. Grassement nourries et cajolées par leur propriétaire, ces volailles chanceuses en ferait presque oublier le triste sort de leurs collègues pondeuses, nettement moins enviable.

Le 1er avril prochain, Monoprix sera la première chaîne de supermarchés française à ne plus vendre d’oeufs issues d’élevages de poules en cage. Cette décision est le fruit d’un lobby intensif de différentes associations de protection animale, parmi lesquelles la Fondation Brigitte Bardot et l’association L214. A grand coups de pétitions, de mégaphones et de déguisements de poulet, ces associations ont finalement obtenu de la marque qu’elle s’engage dans la cause du bien-être volailler.

Fière comme un coq, Monoprix s’est empressée d’annoncer la nouvelle dans un communiqué, le 5 février dernier. La chaîne de supermarché y vante sa «démarche pionnière en faveur du développement durable» et son engagement «pour plus de bien-être animal» et pour «la qualité» de ses produits. Seulement voila, derrière cette image de Don Quichotte des poulaillers, la démarche du groupe n’est ni vraiment innovante ni vraiment efficace.

En Europe, Monoprix arrive après la bataille

Si elle est bien la première à prendre ce type d’initiative en France, Monoprix se révèle franchement à la traine par rapport aux autres groupes européens. Huit chaînes de supermarchés belges ont déjà mis en place des politiques similaires, le premier étant le groupe Makro en 2006. Les oeufs de poules élevés en batterie ont également disparus des rayons de Mark & Spencer et Waitrose en Grande-Bretagne et de Coop, leader de la distribution en Italie. En Allemagne et aux Pays Bas, enfin, aucun supermarché ne vend encore des oeufs issues de ce type de production.

D’autre part, si toutes ces démarches sont louables d’un point de vue éthique, leur efficacité concrète pour assurer le bien-être des poules pondeuses s’avère très discutable. Il est un peu hypocrite de s’émouvoir sur le cas des poules «en batterie» sans évoquer les cas de celles élevées «sur sol» et «en plein air».

Le bien-être tout relatif des poules sur sol et en plein air

Il existe en Europe une codification très précise des oeufs qui sert à déterminer leur provenance. Le premier chiffre du «tatouage» industriel sur les coquilles d’oeufs indique ainsi les conditions d’élevage de la poule. 0 pour une poule issue de l’agriculture biologique, 1 si elle provient d’un élevage en plein air, 2 pour un élevage sur sol et 3 pour un élevage hors-sol, communément appelé élevage «en batterie».

Crédit : mikecogh Flickr CC (by sa)

Crédit : mikecogh Flickr CC (by sa)

Au travers de sa nouvelle démarche qualité et bien-être animal, ce sont les oeufs de catégorie 3 que Monoprix a dans le collimateur. Les poules issues de ce type d’élevage sont effectivement de vrais «taulardes» : enfermées dans des cages du matin au soir avec un espace royal de 550 cm2 – la surface d’une feuille A4 – par tête. C’est sans conteste un environnement très difficile mais l’herbe n’est pas vraiment plus verte pour les poules «sur sol» et «plein air». «Sur sol», les poules sont toujours complètement enfermées et entassées à 7 par mètre carré dans de grands hangars. C’est à peu près le même schéma en plein air, sauf que les poules ont droit à quelques heures de ciel bleu par jour, sur un sol herbeux.

Du pareil au même pour la qualité des oeufs

«Au final, même si la catégorie 3 est la pire, on ne peut pas dire que les catégories 2 et 1 assurent vraiment le «bien-être» des poules» commente Faustine Bardey, ingénieur agronome présente au Salon de l’agriculture. «Et quoi qu’il en soit, je met au défi quiconque de distinguer la qualité des oeufs produits dans ces conditions. Que les poules voient le soleil deux heures par jour ne change rien du tout. Ce qui influe sur la qualité des oeufs c’est l’alimentation des poules et c’est la même dans tous les cas, sauf pour le bio.»

Jean-Marc Perriquet, vice-président de la Société centrale d’aviculture de France (SCAF), partage le même avis : «Cette campagne Monoprix, c’est de l’affichage et tout le monde le sait. Le consommateur lambda ne sait pas reconnaitre un oeuf élevé en batterie d’un oeuf «plein air», ni au goût ni à l’étiquetage. Il a simplement l’impression de faire quelque chose de bien s’il y a un pâturage d’afficher sur la boîte d’oeufs. Mais bon, moins d’élevage en batterie c’est toujours mieux que rien. Reste à voir si le consommateur est prêt à payer plus cher.»

Vincent Souchon