Les jeunes maisons d’édition se nichent dans le papier

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Flickr by Emile Carlin

Pas facile de créer sa propre maison d’édition. Présents au Salon du livre cette année, de jeunes éditeurs français ont quand même réussi à trouver leur place.

Derrière les grands noms du secteur de l’édition, Hachette, Flammarion ou encore Gallimard, presque la moitié des maisons d’éditions gagnent moins d’un million d’euros par an. On compte sur l’ensemble du marché environ 10 000 sociétés éditrices, mais de nombreuses maisons sont encore très jeunes. Elle tentent tant bien que mal de trouver leur public. Passionnés de littérature, férus de bande dessinée ou professionnels du mêtier depuis quelques années fondent chaque année leur propre structure. Pour rivaliser avec les monstres du secteur, les jeunes éditeurs se lancent dans une niche et soignent leur identité.

“Il faut trouver quelque chose qui nous différencie des grosses maisons”

Lorsqu’ils débutent, les jeunes éditeurs ne comptent que quelques ouvrages dans leur catalogue. Le Syndicat national de l’édition remarque que la moitié des maisons éditoriales publient moins de 10 titres par an. Les éditions L’Agrume qui n’ont que deux ans sortent entre 8 et 10 livres chaque année. “On ne se diversifie pas sinon on perd notre identité”, analyse Guillaume Griffon, éditeur et l’un des trois salariés. La structure a fait le choix de constituer son offre autour de la littérature graphique.

Paulina Nourrisier-Muhlstein a fondé La Grande Ourse l’année dernière. “Je pense que nous devons rester identifiables pour les libraires et nous cantoner aux thèmes qui nous tiennent à cœur et que nous saurons défendre avec nos tripes”, explique-t-elle dans un entretien accordé au site La Cause Littéraire. Seulement deux associés constituent le personnel de cette société qui édite environ 6 titres par an principalement sur le thème de l’adolescence. Cécile Landowski des éditions Mardesco, fondées en 2009, privilégie les livres jeunesse qui se placent du point de vue de l’enfant, tout en s’inspirant de la vie quotidienne.

Le numérique, “à la croisée des chemins”

La plupart des jeunes maisons ne se sont pas dirigées vers le numérique. Le poids de ce marché progresse mais les revenus générés par les ventes numériques sont toute relatives par rapport au chiffre d’affaire global de l’édition. Ainsi, les revenus du numérique ont augmenté de 7,2%, soit un chiffre d’affaire passé de 52,9 à 56,8 millions d’euros entre 2010 et 2011. Ils ne représentent que 2% du marché.

Les éditeurs songent au moment oû ils proposeront des titres sous format numérique mais peu d’entre eux ont franchi le pas. “Pourquoi pas, mais il faut adapter l’ouvrage au numérique et non pas le transformer simplement”, commente Cécile Landowski.

Guillaume Griffon tient un avis plus tranché sur la question. Pour lui le constat est clair : “il n’y a quasiment pas de public, vis-à-vis de la bande dessinée, le lectorat ne vient pas”. “L’offre est réduite, elle est très cher et les résultats sur le marché ne sont pas efficaces”, ajoute-t-il.

Les éditions Vendémiaire ont fait le pari depuis trois ans de développer leur offre à la fois sur papier et sur écran numérique. Leur catalogue se compose d’ouvrages historiques sur le mode de la chronique ou de l’enquête. Carl Abherol, le directeur général, déclare rechercher “une nouvelle forme éditoriale, en travaillant sur l’image, la photographie”. Il reconnaît que sa société mais également le secteur lui-même est à la “croisée des chemins” sur le plan du numérique. D’après lui, la période que nous connaissons est “bizarre”. La jeune génération a envie du numérique mais la vente dans ce format ne correspond qu’à une marge entre 3 et 5% cad ? pas très clair”, explique-t-il. “De plus en plus de seniors demandent du numérique” assure-t-il. Il n’y a beaucoup de clichés dans l’esprit des gens, ils considèrent qu’étant donné qu’il n’ya pas d’impression, cela revient moins cher mais ce n’est pas aussi simple.”

Entre un livre sous format papier et un livre numérique, le taux de TVA n’est pas le même. Le livre numérique pâtit d’un taux de 19,6% contre 5,5% pour le livre traditionnel. Ce problème est une des causes du faible engouement pour la numérisation. Si le livre numérique ne connaît pas les problèmes de stock ou de livraison, les éditeurs rechignent à baisser son prix. Les romans ou bande dessinées numériques se vendent beaucoup moins et les maisons d’éditions veulent garder leur marge.

Mutliplier les outils de promotion

Carl Abherol explique qu’il n’a pas hésité à s’approprier les réseaux sociaux. Les vidéos que les éditions Vendémiaire diffusent sur Twitter ne récoltent encore que peu de vues mais ces interviews d’auteur viennent prolonger l’oeuvre. La société Ipagine, créée en 2009, propose quant à elle en écoute gratuite des extraits sonores de ses livres, relayés par son compte Twitter. “Le Salon du livre est important pour se faire connaître, tout comme l’organisation de colloques”, affirme Dominique Corrieras d’Ipagine.

Le Salon du Livre n’est pas le seul événement de l’année. S’il est une date incontournable dans l’agenda des jeunes éditeurs, les salons plus petits, spécialisés et de province permettent de créer des liens avec le lecteur. Les éditions Mardesco se sont ainsi déplacés au Salon du livre jeunesse de Montauban ou au Salon de Montreuil l’année dernière.

Béatrice de Leyssac, responsable de la communication de Scrineo, jeune maison d’édition généraliste nous éclaire sur la démarche des petits éditeurs sur les salons : “C’est une bonne façon d’avoir de la visibilité et d’entretenir les liens avec le public, mais aussi les prescripteurs (libraires, bibliothécaires, etc.) qui sont sur ces manifestations”. La maison L’Agrume présente ses ouvrages dans un catalogue commun avec d’autres petits éditeurs. “Le projet Belles Lettres permet de mutualiser les éditeurs qui ont des moyens limités”, affirme Guillaume Griffon.

Un parcours du combattant

Entre 1988 et 2005, 692 structures se sont lancées sur le marché. Une étude réalisée par le DEPS (Le Département des études de la prospective et des statistiques) montre que le taux de mortalité des éditeurs durant cette période était de 49%. Les sociétés qui subsistent ont su résister à l’”épuisement des moyens, le manque de projets, la fatigue des responsables devant les difficultés et l’absence de résultats encourageants”.

 

 

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