60 ans du livre pour tous

En 1953, Henri Fillipatchi créait Le Livre de Poche, une petite révolution dans le monde littéraire qui désacralisait les ouvrages les plus prestigieux. Depuis, le livre de poche s’est installé dans nos bibliothèques, a trouvé sa place dans les cartables des étudiants  et fête aujourd’hui ses 60 ans au Salon du Livre qui lui consacre pour l’occasion une exposition.

60 ans du Livre de Poche Photos Flickr CC by Guillaume Brialon

60 ans du Livre de Poche
Photos Flickr CC by Guillaume Brialon

 Cette année dans les allées du Salon du Livre, quelques curieux sont venus découvrir l’histoire d’un objet qui nous est familier. « Pratique » pour certains, « toujours dans le sac » pour d’autres, le livre de poche était à l’honneur à travers une exposition qui revenait sur ses 60 ans d’existence. Si pour certains, lire un poche relève de la banalité, il en était tout autre à sa création.

Il faut une aristocratie des lecteurs”, des livres pour l’élite et seulement pour elle.  Dans cette vidéo de l’INA datant de 1964, un étudiant en médecine explique pourquoi il déplore l’arrivée du Livre de Poche. Car l’apparition de “l’imprimé pour tous” a suscité beaucoup de réactions : des bonnes comme celle de Jean Giono qui considérait “Le Livre de Poche comme le plus puissant instrument de culture et de la civilisation moderne” et des mauvaises comme celle de Jean-Paul Sartre qui se demandait s’ils étaient “ de vrais livres” et si “leurs lecteurs [étaient] de vrais lecteurs”.

L’ambition d’Henri Fillipatchi, l’initiateur de ce projet, était de rendre accessible le plus largement possible les grands noms de la littérature. A l’époque, on utilisait les techniques d’impression et de diffusion bon marché uniquement pour les romans populaires. Avec Le Livre de Poche, les feuilles sont désormais collées et non plus brodées, l’impression se fait sur rotatives et non plus feuille par feuille. L’idée de Fillipatchi a été de transposer cette méthode de réduction des coûts au service des grands textes littéraires afin de vendre les premiers à 2 francs. Une démocratisation de la lecture pour les uns, une braderie des grands noms pour les autres.

 

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Exposition 60 ans du Livre de Poche au Salon du Livre 2013

Un marché lucratif

A ses débuts Le Livre de Poche était une marque mais il est rapidement devenu un nom commun. L’arrivée des concurrents comme J’ai Lu chez Flammarion (1958) Pocket (1962), ou encore Folio (1972) a décuplé le succès du format poche. En 2012, parmi les trois livres les plus vendus en France, deux livres de poche arrivent en tête, L’appel de l’Ange de Guillaume Musso (Pocket) et Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Jonas Jonasson (Pocket).

Ce plébiscite a permis la dynamisation du marché forçant chaque édition à se renouveler. Pour cela, le poche va conquérir d’autres secteurs que celui de la littérature : la science-fiction, la bande dessinée, les livres de cuisine et même des genres plus nobles comme les essais. Aujourd’hui on trouve tout en poche. Et comme le choix qui devient de plus en plus large, le prix lui aussi ne cesse de croître. En 1998, il se vendait en moyenne 4,84€, en 2007 à 6,24€ pour passer à 8,57€ en 2012. Mais le format poche reste un marché lucratif dans l’édition où chaque année les leaders Pocket et Livre de Poche vendent à eux deux plus de 30 millions d’exemplaires.

L’imprimé plus fort que l’e-book ?

On le sait, l’arrivée du numérique a bouleversé le marché du livre. Tablettes et liseuses se vendent de plus en plus, tandis que le secteur économique de l’imprimé connaît de plus grandes difficultés. Mais dans cette bataille contre le numérique, le livre de poche résiste. Car il possède encore beaucoup d’avantages pour le lecteur. Tout d’abord son prix : 8 euros environ pour un poche contre 15 euros environ pour un livre numérique auquel il faut ajouter le prix de la tablette ou liseuse. Et aussi sa simplicité. Même si les ingénieurs font preuve de créativité pour nous rendre les nouvelles technologie plus faciles d’utilisation, parfois rien ne vaut la sobriété : une centaine de pages, une belle couverture, le tout en petit format. Un atout que le mini livre de poche Point2 aux éditions La Martinière (en référence à 2.0) a su mettre en avant.

Mais tout cela va pouvoir changer voire se combiner puisque la maison d’édition Livre de Poche a annoncé vouloir lancer son ebook cette année . Après la démocratisation, le poche se dématérialise. Pour l’instant, le marché naissant du numérique ne permet pas de savoir si le poche sur tablette aura le même succès que sur papier. Moins légaux, des sites n’ont pas attendu et scannent déjà des ouvrages, à l’image de ce que fait Team Alexandriz.

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