À Cergy, la mosquée pour tous


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Inaugurée le 29 juin dernier, la grande mosquée de Cergy dans le Val d’Oise ne désemplit pas. Les fidèles, heureux d’avoir enfin un lieu où prier, se réjouissent également de la vision de l’Islam qu’on y prône.

Pas un bruit. Seuls les va-et-vient de la porte d’entrée et les chuchotements de couloirs viennent rompre la tranquillité de la grande mosquée de Cergy dans le Val d’Oise. Un des responsables de l’édifice, ouvert depuis juin 2012, range discrètement ce qu’il reste d’un apéritif. Un peu plus tôt dans l’après-midi, une quarantaine de personnes d’une association sont venues visiter la mosquée. « Ce n’est pas rare, explique le directeur des lieux, Hamida Maïga, on reçoit aussi des collèges et des lycées, notre mosquée est ouverte à tous, croyants ou non, musulmans ou non ». Ouverte, c’est le mot. On se perd tant la mosquée des Hauts de Cergy compte d’entrées. Même la salle de prière donne sur l’extérieur, il suffit de pousser la porte.

« Avant, on devait aller dans un gymnase et décaler nos prières. »

15h47, l’heure de la troisième prière du jour. Les croyants se pressent dans l’entrée, enlèvent leurs chaussures, murmurent quelques salutations et se faufilent discrètement dans la salle de prière. « Déjà ? » lance un retardataire en entendant la prêche résonner dans les enceintes de l’édifice, avant de rejoindre à la hâte la quarantaine de fidèles présents ce mardi. Dans la salle de prière, chacun respecte scrupuleusement le rituel. À l’étage, les femmes elles aussi ont leur salle pour prier, mais profitent aussi des classes pour étudier. Madame Adnan vient avec sa fille le mercredi, « pour lui apprendre l’arabe et le Coran ». Bientôt elles pourront se rendre à des ateliers informatiques et des aides aux devoirs que le directeur de la mosquée mettra en place prochainement.

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La prière finie, les hommes échangent quelques mots et blagues, avant de repartir. « C’est une très bonne chose cette mosquée. Avant pour prier, on devait aller dans un gymnase de Cergy, explique Saïd, 70 ans. C’était compliqué, surtout en période de Ramadan, on décalait nos prières pour ne pas déranger les sportifs. » Cette nouvelle mosquée, en plus d’apporter un véritable confort, semble avoir eu le mérite d’attirer plus de monde, et notamment les jeunes. « C’est la relève, c’est bien » glisse le vieil homme avant de s’en aller. Et la relève est bien là : près de 75% des fidèles de la mosquée ont moins de 40 ans. Le lieu de culte cergyssois a même compté 79 conversions en neuf mois, un chiffre peu étonnant quand on sait qu’en France, le nombre de convertis a doublé depuis 25 ans. Aujourd’hui, ils seraient entre 70.000 et 110.000 dans le pays, avec environ 4.000 conversions par an, bien plus que les autres cultes. « Il s’agit surtout de jeunes, qui se posent beaucoup de questions chez eux, et viennent ici trouver des réponses », constate Laïd, 25 ans, autre habitué de la mosquée. L’imam Tahar Mahdi se refuse à tout prosélytisme et préfère évoquer les nombreuses communautés représentées à la mosquée : « la Fédération Musulmane de Cergy (FMC) regroupe 10 associations, de différentes ethnies, langues, cultures. Mais on a réussi à réunir ces gens là, et c’est ce qui fait la force de notre mosquée ». Pas anodin à Cergy, où se côtoient 130 nationalités et où près de 20% de la population est de confession musulmane.

Trente ans d’attente

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La route fut pourtant longue pour en arriver là. Près de dix ans avant que la première pierre ne soit posée dans le quartier de Cergy-le-Haut le 21 juin 2009. La communauté musulmane locale demandait un lieu de culte depuis les années 1980. C’est Dominique Lefebvre, alors député-maire de Cergy, qui décida  de mettre le dossier en haut de la pile à l’automne 2001. « La mairie de Cergy est bienveillante à l’égard de cultes », se réjouit Tahar Mahdi. Sur les 4 millions d’euros qu’a coûté la construction, la mairie s’est portée garante pour l’emprunt de la moitié de cette somme. Et c’est avec « un bureau de 8m², un vieil ordinateur et deux téléphones » que la FMC a commencé sa collecte de dons auprès de sa communauté, précise Hamida Maïga.

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Et c’est unie que la FMC poursuit son but : « faire apparaître la véritable image de l’Islam ». Sur ce point, l’imam Tahar Mahdi se veut progressiste, républicain même. Il regrette la présence de salafistes parfois, qui viennent lui reprocher d’être « pro-occidental et pro-français ». Pas question pour autant d’être comparé au médiatique et controversé imam de Drancy Hassen Chalghoumi. « Il n’est approuvé par personne, c’est un homme bien mais qui ne connaît pas l’Islam ». Il voit en lui un imam « parachuté » par l’étranger. Les deux hommes gardent néanmoins en commun leur quête d’un « Islam de France ». C’est même un point majeur de l’enseignement de Tahar Mahdi : la biculture. Le tout serait de former les musulmans à l’Islam et à ses connexions avec la France. « L’Islam et la citoyenneté sont la même chose » affirme l’imam. C’est dans cet optique que la mosquée va lancer sa formation d’imams dès la rentrée prochaine. 55 personnes sont déjà inscrites et recevront des cours d’histoire de France, d’Europe, afin de mieux cerner les relations qu’elles ont liées avec l’Islam.

« L’Islam, c’est le fast food des journalistes »

16h10, le soleil jette son ombre sur la mosquée, lui donnant de nouvelles couleurs. Les fidèles repartent, mais dans la bouche de chacun, la même envie : changer le regard que porte la société française sur l’Islam. Un récent sondage montre que 74% des Français jugent l’Islam incompatible avec la République. Certains fidèles y voient une conséquence du traitement médiatique de leur religion. « L’Islam, c’est le fast food des journalistes, ils y viennent quand ils ne savent pas quoi faire » regrette Zakaria, 43 ans. Une partie des médias préférant évoquer les dérives marginales de l’Islam. « On parle toujours du train en retard, jamais du train à l’heure » explique-t-il, alors que le RER A, coutumier des « incidents techniques », rugit au loin. Selon lui, c’est à l’Islam de redoubler d’effort pour contrer cette image. Et la mosquée de Cergy pourrait être ce « train à l’heure ».

Vincent Manilève

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