Salon de l’agriculteur ou de l’agricultrice ?

 30% des actifs de l’agriculture sont des femmes selon un sondage BVA/Crédit Agricole, publié à l’occasion du Salon International de l’Agriculture 2013 qui finit ce dimanche. Pourtant en parcourant les allées des différents pavillons, le constat semble différent : peu de femmes sont présentes.

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La productrice de la ferme de bois Champeau (Yvelines) au salon de l’agriculture Source: Flickr

Le métier d’agriculteur est-il toujours aussi macho ? Au Salon de l’Agriculture, lorsque l’on vient à la rencontre des professionnels, il semble que oui. Après avoir errer entre les stands, on se rend vite compte que les femmes ne sont pas majoritaires.  Et cela plus particulièrement dans l’élevage: dans le pavillon réservé aux bovins, une seule vachère présentait son élevage selon les exploitants masculins mais est restée introuvable. Une disparité qui se retrouve dans les chiffres : ¾ des exploitations françaises en 2010 sont dirigées par des hommes. Et cette inégalité se renforce chez les plus jeunes : seul un jeune agriculteur sur cinq était une femme en 2010.

Pourtant certaines études, comme celle de BVA commandée par le Crédit Agricole, démontrent que la population féminine dans le paysage agricole est passée de 8% en 1970 à 30% en 2013. La banque plébiscitée par la profession (9 agriculteurs sur 10) explique sur son site que “les femmes sont devenues incontournables dans le paysage agricole”. Elles sont même mises en exergue par le Monde qui écrit que les agricultrices ne sont “ pas assez reconnues”. Le Salon de l’Agriculture, cet exercice de communication par excellence, aurait-il alors minimiser la présence féminine ? Olivier, jeune commis qui présentait les vaches de son élevage, est convaincu que les agricultrices ne sont pas en infériorité numérique :

Dans les services

En réalité, si les femmes ne sont pas présentes dans l’élevage, elles n’en restent pas moins très bien représentées dans d’autres domaines de l’agriculture et plus particulièrement ceux des services.  Maryse est commerçante et s’est installée au pavillon Régions de France pour toute la durée du salon. Elle vient vendre de la viande fumée des Vosges et selon elle  « c’est plus difficile de trouver des femmes dans l’agriculture que dans le commerce. Il faut être résistant, c’est quand même fatiguant de soulever des charges etc., je pense que c’est cela qui fait la différence ». D’autres domaines attirent aussi: «  le tourisme, le milieu rural, l’agriculture biologique » explique le formateur Luc Pilet, représentant de la Maison Familiale Rurale (MFR). En effet, le tourisme rural voit émerger plusieurs profils féminin : 60% des actifs de l’agrotourisme sont des femmes. En Italie, où une entreprise agricole sur trois est dirigée par une femme, ce sont ces structures d’agrotourisme qui ont permis le développement de la féminisation de la profession.  Les actives dans l’agriculture sont donc plus présentes dans le tertiaire, un phénomène qui se retrouvent dès les études.

En effet, la proportion de femmes dans les études agricoles augmente, surtout après le bac. Elles se dirigent plus vers les études supérieures et moins dans les formations courtes comme celles dédiées à l’élevage. Prescilla, est étudiante et est venue présenter son école d’ingénieurs aux visiteurs du Salon International  de l’Agriculture. Elle affirme d’un ton vif qu’il y ‘a «  43% de filles dans [sa] promotion », selon elle, « les filles sont plus intégrées » à ce niveau d’études. Comme elle, Elisa a orienté son projet professionnel vers des formations supérieures: ce qui l’attire « c’est les laboratoires ». Dans une interview pour le site de l’emploi agricole Apecita, la sociologue Sabrina Dahache, analyse cette féminisation croissante: “La féminisation des formations agroalimentaires est venue dans un second temps. En 2008, les filles représentaient 59 % des effectifs contre 16 % en 1974”. Elle ajoute que “ Les enseignants eux-mêmes ont parfois une approche sexuée des filières qui les poussent à encourager les filles à aller vers des formations services, analyses en laboratoire ou encore soin, aide et animateur équin”. La présence des femmes dans les services de l’agriculture peut-être donc aussi le résultat d’une orientation “guidée” par les acteurs de la formation. Toutefois si les agricultrices représentent 30% des emplois dans ce secteur d’activité, de l’élevage à l’agronomie, elles restent minoritairement représentées dans les instances de représentations syndicales. Mais 2013 pourrait être l’année du changement: pour la première fois, les listes des élections de la Chambre de l’Agriculture en janvier dernier devait être composées d’au moins 30% de femmes. .

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