Préserver la bonne santé du bio

Google Image

La filière biologique est en plein essor depuis une dizaine d’années.Les professionnels du milieu réfléchissent désormais sur la manière de conserver cette dynamique.

Le bio peut-il sauver l’agriculture aujourd’hui ? Les acteurs de la filière l’ont affirmé lors d’un séminaire organisé jeudi par l’Agence Bio, un organisme mixte chargé de son développement, en présence du ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, lors du 50ème Salon International de l’Agriculture à Paris.

Quand l’agriculture intensive voit sa surface agricole diminuer, la production biologique profite d’une fulgurante progression depuis une dizaine d’années. Pour François Thiery, le président de l’Agence Bio, l’agriculture biologique constitue l’avenir : “L’agriculture [traditionnelle] se cherche depuis 50 ans. L’avantage de l’agriculture biologique est qu’elle a su innover  en matière technique, en termes de gouvernance, c’est-à-dire coopérer avec des acteurs multiples.”

Une production multipliée par 3,7 en dix ans

Malgré la crise, l’agriculture biologique se porte bien, comme le confirme graphiques à l’appui, Elisabeth Mercier, la directrice de l’Agence BIO, « on compte aujourd’hui, en 2012  37, 5 millions d’hectares de cultures biologiques certifiées. » La production biologique s’est multiplié par 3,7 en l’espace de dix ans, en 1999, il y avait seulement un peu plus de 10 millions d’hectares cultivées. La directrice de l’Agence Bio a souligné que cette évolution positive est à relier avec l’arrivée de nouveaux marchés en Asie et en Afrique. L’Asie recouvre actuellement  10% de l’agriculture biologique mondiale contre 3% pour l’Afrique.

La croissance de l’agriculture bio a profité à la France avec une augmentation de 300 000 hectares en deux ans. « Il est remarquable de voir le dynamisme du secteur depuis 5 ans sur le territoire après avoir été décrié pour son retard », a  rajouté Elisabeth Mercier. En effet, sur le plan européen, l’Hexagone occupe la première place sur l’utilisation des surfaces agricoles bio devant l’Espagne et la Pologne.

La filière profite du soutien du gouvernement, qui a annoncé en décembre le programme « Ambition 2017 ». Il consiste à garantir la pérennité et préserver la spécificité de ce type d’agriculture. « Ce n’est pas seulement le bio qui doit intégrer le défi environnemental mais tout le secteur  de  l’agriculture », a rajouté Stéphane le Foll.

Statistiques à prendre avec précaution

Pourtant, ces résultats sont à prendre avec précaution. Les résultats varient d’un pays à un autre. Certaines régions ne disposent pas de statistiques pour évaluer de façon approfondie, leur production biologique. Les deux puissances mondiales, les États-Unis et la Chine sont dans ce cas de figure.

La consommation de produits biologiques suit logiquement la même courbe. En 12 ans, le marché alimentaire bio a plus que quadruplé (60,9 milliards de dollars en 2010). « On constate une forte demande des consommateurs pour le bio, notamment pour les produits frais comme le lait, le fruit et les légumes », poursuit Elisabeth Mercier. Au Danemark, 30% du lait consommé est bio. En France, le développement du marché bio se poursuit. Il est évalué pour l’année 2012 à 4,1 milliards d’euros. Soit une augmentation de 5% par rapport à 2011. « Il  existe un marché pour les produits biologiques, un marché réel », a martelé Stéphane Le Foll. Le ministre a aussi évoqué le dépôt d’une proposition législative courant mars sur l’insertion de produits bio dans les cantines.

Dans les assiettes des cantines

Elisabeth Mercier a expliqué que cette expansion a été favorisée avec la mise en place de politiques publiques dans ce domaine par les Etats, mais aussi une éducation à la consommation de produits bio. On peut également citer  la diversification des circuits de distribution avec les Biobox en Italie. Aujourd’hui, l’ambition est d’introduire le bio au sein des restaurations collectives« Ceci montre que rien n’est  bloqué, tout dépend de la manière qu’on agit », a ajouté la directrice de l’Agence Bio.

Le succès de l’agriculture biologique repose sur un certain nombre d’actions à l’échelle mondiale et une réglementation stricte. La FAO (Food and Agriculture Organization), représenté par  Nadia El-Hage Scialabba, mène des actions dans  ce domaine depuis 1999. Son objectif est  d’aider les plus démunis à mieux utiliser leurs ressources et permettre ainsi une autosuffisance alimentaire. A l’instar de la région du Tigray en Ethiopie, en situation de famine aux débuts des années 2000. Aujourd’hui,  cette région est autosuffisante  avec  un million d’hectares de terres réhabilités. Dans le Pacifique, la FAO, à travers ses programmes,  a permis  la reconversion de matières premières  vers de nouveaux produits bio (transformation du copra à l’huile vierge de coco aux Iles Samoa).

Trop de logos

Sur le plan européen, l’année 2012 fut une année charnière. Joao Onofre, chef de l’Unité Agriculture biologique à la Commission Européenne, a reconnu la difficulté d’imposer le secteur bio au niveau européen. L’agriculture biologique souffre en Europe  de trois problèmes significatifs. Premièrement, des problèmes liés à la compétitivité, caractérisée par une difficulté d’analyser  le secteur. En second lieu, un problème lié aux règles  européennes biologiques (polémique sur les OGM, principe du polleur-payeur). A cela s’ajoute une difficulté concernant la confiance du consommateur : multiplication des logos, manque de promotion et d’information. C’est dans ce cadre que l’Union Européenne envisage une révision  de la réglementation sur l’Agriculture biologique. « C’est une révision nécessaire pour défendre et préserver le bio ».

Si l’agriculture biologique bénéficie d’une belle image aujourd’hui, il n’empêche que certaines questions persistent : cherté de ce type de produits, problème accessibilité. Et à trop grossir, l’agriculture biologique n’a-t-elle pas fini par tomber dans dans les travers de l’économie mondiale ?

 Eline   Ulysse

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s