La vie de deux agricultrices : “Les 35 heures, on ne connaît pas !”

Le quotidien des agriculteurs est loin de ce que l’on imagine. Deux agricultrices du Poitou-Charentes, Marie-Christelle et Joëlle, se sont ouvertes sur leur quotidien et cassent l’image de leur métier très masculin. Elles prônent l’agriculture raisonnée qui place le respect de l’environnement parmi les priorités. Elles jonglent entre le travail à la ferme et l’administrative tout en étant à la pointe de la technologie.
Marie-Christelle et Joëlle

On les voit peu mais pourtant, elles sont bien là. Selon un sondage de BVA, les femmes représentent environ un tiers des actifs de l’agriculture et constituent le quart des chefs d’exploitation en France. C’est le cas de Marie-Christelle et Joëlle. Elles sont associées avec quatre autres agriculteurs, une autre femme et trois hommes, tous patrons de leur ferme. Les deux femmes sont venues au Salon de l’Agriculture pour représenter FARRE, le Forum de l’Agriculture Raisonnée Respectueuse de l’Environnement, au stand de la ferme de l’Odyssée Végétale. Ce forum a pour but de renforcer les impacts positifs des pratiques agricoles sur l’environnement et de réduire les effets négatifs. Marie-Christelle et Joëlle partagent le récit de leur quotidien qui casse bien des préjugés.

Des accouchements tous les jours

Avec leur équipe, Marie-Christelle et Joëlle dirigent l‘EARL l’Eole (entreprise agricole à responsabilité limitée) de polyculture et d’élevage. Sur 400 hectares de surfaces de céréale, de protéine, de maïs et de tournesol, ils élèvent des vaches laitières à Priaires. Et c’est véridique, chez eux les agriculteurs ne connaissent pas les 35 heures. « On commence à 6 heures du matin avec la stabulation [l’élevage des animaux en étable, NDLR] et la traite des vaches. On termine en général à 19 heures », explique Marie-Christelle. L’entretien des vaches est constant, « On prépare tous les aliments pour nourrir les animaux et il y a des accouchements tous les jours ». L’hygiène occupe aussi une grande partie de leur temps de travail, « on nettoie tout le temps et le vendredi, c’est le jour du ménage, on désinfecte tout ».
Ensuite ils passent à leur champ de maïs et de tournesol où ils labourent. Mais à cause de la pluie ces derniers mois, l’équipe n’a pas pu y accéder. Joëlle nous confesse : « On est en retard pour le labour, on devait commençait le travail le 15 janvier mais ce n’était pas possible. On va pouvoir se rattraper dans les semaines qui viennent ».
Avec les pertes rendements, ils ont donc des pertes dans leurs revenus, « et on ne reçoit pas d’aides en cas de sinistres » rajoute Marie-Christelle. Dans ce genre de situation, difficile de faire de la place aux apprentis. Problèmes de moyens, mais aussi d’organisation. Marie-Christelle nous informe des complications dans l’embauche de stagiaires : « On en prend mais ils ne peuvent travailler que 35 heures. Or pour nous ça représente 3 jours de travail. Ils ne peuvent pas tout voir, c’est dommage ».

Des hommes et femmes à tout faire

A la tête d’un GAEC, un groupement agricole d’exploitation en commun, ces trois couples sont donc leur propre patron mais ont aussi des inconvénients. Ils n’ont seulement que deux semaines de vacances par an et travaillent à leur tour un week-end sur trois.
Au-delà de leur travail en ferme, il y aussi l’administration. Ils se doivent d’être polyvalents. Chez nos agricultrices, on se sépare les tâches :  « L’une s’occupe de la gestion, l’autre de la comptabilité… », résume Marie-Christelle. Les femmes ont la même place que les hommes. Aujourd’hui, 77 % s’attachent même à dire qu’être une femme en agriculture ne constitue pas un obstacle selon le sondage BVA.

L’un des clichés marquants des agriculteurs, c’est l’image des paysans au fin fond de la campagne, sans connexion internet et coupés du monde moderne. Mais pour Marie-Christelle et Joëlle, l’agriculture sans le numérique est impossible. « Chez nous tout est tracé. Chaque vache, chaque végétal a son historique dans nos ordinateurs. Dès que nos vaches ont des échographies, passent chez le vétérinaire, on le marque ». Un carnet de santé numérique et cela fonctionne ainsi depuis environ 10 ans.

« Si les vaches sont enceintes, elles nous préviennent par SMS »

Elles bénéficient aussi des dernières innovations technologiques pour l’élevage de leurs animaux. Parmi elles, il y a le détecteur de vêlage à 3000€. Il suit les vaches en observation lorsqu’elles sont enceintes. Marie-Christelle nous raconte : « Lorsque la vache est sur le point d’accoucher, on reçoit un SMS ou un appel. C’est pratique si on n’est pas près d’elle ! ». Autre invention pour les vaches, le détecteur de chaleur. Les agriculteurs savent, grâce à cela, les moments les plus propices à la production.

Mais pour nos deux agricultrices du Poitou, l’image des agriculteurs- pollueurs est le cliché le plus pesant. « Certes nous ne sommes pas bio, mais nous sommes attentifs. Quand des mouches s’attaquaient à nos végétaux, nous n’avons pas utilisé des insecticides mais des mini-guêpes qui se sont introduites dans les œufs des mouches pour les tuer », raconte Joëlle. Une image propre à l’agriculture raisonnée.

« Si en 2015 rien n’évolue, on sera obligé d’arrêter la production de lait »

Concernant le plus gros fléau des agriculteurs au quotidien, selon elles c’est l’administration. « Les charges sociales sont trop élevées, on est noyés sous l’administration, les dérogations ». Est-ce la faute de Ségolène Royal ? Présidente de la région Poitou-Charentes. « Elle adore l’administration mais c’est une élue, je peux la comprendre, je suis maire de ma ville », nous révèle Marie-Christelle. Mais au-delà de l’administration, l’élevage des vaches pose le plus de soucis car il ne leur rapporte rien. « On vend 30 centimes notre lait, il est revendu 70 centimes en magasin. Si en 2015 rien n’évolue, on sera obligé d’arrêter la production ». Leur lait est vendu à une coopérative qui le revendent dans des petits magasins fermiers à Niort et La Rochelle.
A ce sujet, François Hollande a récemment réitéré son aide pour les éleveurs laitiers, mais elle n’est destinée qu’à une faible partie des agriculteurs, propriétaires de 50 hectares, « ça correspond qu’à une dizaine de vaches, pour nous ça ne changera rien », regrette amèrement Joëlle.

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