Paysans cherchent main d’œuvre désespérément

(CC Flickr by Bobby Lightspeed http://bit.ly/13vhfwp )

(CC Flickr by Bobby Lightspeed http://bit.ly/13vhfwp )

Cette année encore, de nombreux jeunes se rendent au Salon International de l’Agriculture à Paris, l’occasion pour les exposants de créer des vocations pour un métier en manque de bras.

Dans les allées de ce 50ème Salon International de l’Agriculture à Paris, le contraste est flagrant. Les visiteurs, jeunes pour la plupart, courent dans tous les sens et s’agrippent aux enclos à bestiaux. En face, les agriculteurs les observent, fatigués mais amusés. Beaucoup sont quinquagénaires, voire plus. Pour trouver de jeunes agriculteurs et éleveurs il faut bien chercher, tant le milieu peine à créer des vocations. Parmi eux, Antoine Lefèvre. Cet éleveur d’ovins de l’Oise de 24 ans a repris l’affaire familiale, bien décidé à assumer l’héritage qui l’attendait. « J’ai décidé d’arrêter l’école à 19 ans pour aider mes parents à l’exploitation ». Mais de jeunes éleveurs motivés comme Antoine, il y en a peu, ils sont même de plus en plus rares.

12 000 emplois à pourvoir

Une situation qui, pour beaucoup de professionnels, semble paradoxale. Alors que le nombre de chômeurs atteint du jamais vu depuis 1997, pas moins de 12 000 emplois sont à pourvoir aujourd’hui dans le milieu agricole, selon le Fonds national d’assurance formation des salariés des exploitations et entreprises agricole (Fafsea).

Et bien plus encore dans les années à venir si l’on en croit certains responsables du secteur qui évoquent un métier vieillissant. Lors du congrès de la fédération nationale bovine (FNB) mi-février,  Jean-Michel Schaeffer, président des Jeunes agriculteurs expliquait que « dans les huit prochaines années, 70 % des éleveurs partiront en retraite ». Une tendance générale dans le monde agricole puisque, selon lui, « il y a un vieillissement des chefs d’exploitations : en 2014, 52 % d’entre eux auront plus de 50 ans ».

« Aujourd’hui les jeunes veulent vivre comme les autres »

Autre facteur : l’exigence de la profession. Quand on demande aux agriculteurs et éleveurs présents au Salon de raconter leur quotidien, on comprend un peu mieux toute la difficulté du métier. Les horaires de la profession figurent parmi les principales réticences des jeunes. Se lever à 5 heures le matin pour la traite, y compris le dimanche, et travailler parfois 20 heures par jour, en rebute plus d’un. Pas ou peu de vacances non plus, encore faut-il trouver un remplaçant. « Les jeunes sont de moins en moins motivés » regrette Michel Moiron, éleveur d’ovins à la retraite. Même état d’esprit pour Gaec Micaud, dont les charolaises de l’Allier attirent tous les regards : « Aujourd’hui les jeunes veulent vivre comme les autres, et ne pas avoir à s’occuper des bêtes à chaque heure du jour et de la nuit ».

Des salaires et des aides en baisse

Si les aléas climatiques, qui parfois compromettent toute une saison, ne sont pas la principale préoccupation des éleveurs, le problème vient surtout du coût des matières premières et du foncier, en perpétuelle augmentation. Le prix du blé atteint même des sommets, pour la plus grande inquiétude des éleveurs. A tel point qu’il est désormais plus rentable de vendre son blé que de le donner à ses bêtes. Même chose pour la viande, comme l’explique Antoine Lefèvre, le jeune éleveur : « pour 100 euros de viande vendue aux supermarchés, ils la revendent 300 euros aux clients, notre marge est très faible ».

Des salaires instables et inégaux viennent compléter le tableau. Les revenus bruts des exploitations agricoles s’élevaient en moyenne à 36 500 euros par actif en 2012, selon le ministère de l’Agriculture, avec de fortes disparités. Quand un céréalier gagne en moyenne 72.100 euros par an, dans d’autres secteurs comme l’arboriculture ou l’élevage le revenu moyen tourne autour des 15.500 euros par actif. Un écart d’autant plus décourageant quand on sait que de 1990 à 2011, le revenu agricole n’a augmenté que de 1,17 %. Alors beaucoup se tournent vers l’État et l’Europe, dépendant en grande partie de leurs aides. « On attend de voir ce qui va réellement se passer avec la Politique agricole commune (PAC), c’est un tournant » avoue Antoine Lefèvre, inquiet de la répartition des 10 milliards annuels accordés à la France par l’Union Européenne. Ainsi, seulement 32% des nouveaux agriculteurs osent créer leur propre entreprise, quand le reste récupère l’affaire familiale. « Les nouveaux entrants se heurtent à la concentration des exploitations et à des difficultés pour financer des projets souvent innovants » expliquait à La Dépêche le sociologue François Purseigle.

Les AOC rassurent les aspirants

Par chance pour M. Micaud, ses trois fils sont déjà éleveurs ou en passe de le devenir. « Le plus jeune rentre au lycée agricole et le plus âgé est déjà installé », se réjouit-il. Une situation pourtant de plus en plus rare. Les enfants préférant souvent partir à la ville. Alors chacun survit comme il peut. « Dans notre village de Catigny, explique Antoine Lefèvre, on a créé une vraie solidarité entre nous. On sait que si un élevage disparaît, c’est cette dynamique d’entraide qui se perd. » C’est ce qu’il reste à beaucoup : se serrer les coudes en espérant des jours meilleurs.

L’espoir n’est pourtant pas loin, la relève non plus. Dans un coin du pavillon 3, un groupe d’élèves observe avec attention les races bovines présentes ce jour là. Ils arrivent du lycée agricole de Savoie. Là-bas, les classes de formations agricoles ne désemplissent pas. Pour leur accompagnateur Thierry Castellany, il y a dans sa région un sursaut des vocations. « Même s’il y a des difficultés pour s’installer, les AOC (Appellation  d’origine contrôlée) sont une aide vitale pour nous. Les jeunes hésitent moins à se lancer. La demande est grande pour intégrer notre formation. » À ces jeunes qui se lancent malgré les risques dans le métier, Guy Chautard, éleveur de bovins de conservation à Saint-Just (Eure), n’a qu’une chose à dire : « ce métier n’est pas plus exigeant qu’un autre, il suffit juste d’avoir assez de passion ».

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s