Deux enfants enlevés par leur mère à la barbe de la justice

justicenanterre

Deux mois que Sabrina*, 7 ans, et son demi-frère ont été laissés en Tunisie par leur mère qui n’accepte pas la perte de la garde de sa fille. Depuis 7 ans, elle se livre à une bataille judiciaire avec son ex-amant, à qui elle refuse d’exercer ses droits de père. Une affaire qui met aussi en lumière les failles de la justice française, et en particulier son manque de moyens.

Depuis décembre, Sabrina*, 7 ans, et Karim*, 4 ans, ont été abandonnés à Tunis par leur mère chez une amie. Nadia Cardori*, la mère, n’a pas accepté de perdre la garde de sa fille. La justice française lui avait demandé de les ramener avant jeudi dernier, mais elle n’a pas obtempéré et a même tenté de quitter le territoire. La suite de l’affaire aura lieu devant la juge des affaires familiales (JAF) au tribunal de grande instance de Nanterre ce vendredi.
Ahmed Doyer*, le père de la petite Sabrina, espère assister au dénouement de la bataille judiciaire qui l’oppose à son ancienne compagne depuis sept ans.

Comme l’explique le dossier de l’affaire, le conflit s’est noué dès la grossesse. Le couple se sépare avant que Nadia Cardori apprenne qu’elle est enceinte et décide de le cacher à son ex-amant. Lorsqu’il l’apprend, il souhaite participer à l’éducation de l’enfant mais la jeune femme le laisse à l’écart. Dès la naissance, elle ne lui octroie que de rares visites sous sa surveillance jusqu’en 2008.

Excédé, il décide cette année-là de porter plainte et obtient un droit de visite limité en présence des grands-parents maternels ou paternels. Un droit limité car selon la JAF, il n’existe pas assez de preuves que la mère empêche son ex-conjoint de voir Sabrina.

Mais Nadia Cardori ne lui laisse pas profiter de ses visites bien longtemps. Il contre-attaque en 2010 et entame des démarches judiciaires pour avoir un droit de visite plus important.

« La matriarche totale »

Selon l’avocate d’Ahmed Doyer, Alexia Sebag, la mère se justifie sa volonté en affirmant qu’il ne s’intéresse pas à sa fille. Or, une accumulation de plaintes et de mains courantes, qu’il a déposées, prouvent le contraire. La mère s’accapare la garde de Sabrina, ce qu’elle réitère avec ses deux autres enfants nés de deux hommes différents.

Elle avance aussi divers prétextes pour éviter les contacts : maladies de l’enfant, peur qu’il l’emmène à l’étranger. Pour l’ancien avocat de Nadia Cardori, le Maître Alain Nicolas, elle serait la « matriarche totale ». Il ajoute qu’elle « a refusé de se présenter à un examen médico-psychologique. »

Début 2012, la JAF offre à Ahmed Doyer un droit d’hébergement (un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires) sans que cela change la donne : son ex-compagne ne lui donne l’occasion de l’exercer que deux fois en un an. Malgré une nouvelle rencontre avec la JAF en avril où on l’informe du manque de coopération de Nadia Cardori, la juge décide de laisser la situation telle qu’elle en offrant une dernière chance à la mère. Mais cette dernière continuera à ignorer la place du père.

Elle multiplie les déménagements et déscolarise même Sabrina pour qu’il ne puisse pas la récupérer quand il en a la garde.
Dans ce contexte, la juge donne finalement la garde de l’enfant à Ahmed Doyer en novembre dernier. Décision qui poussera la mère à emmener ses trois enfants en Tunisie pour échapper au jugement.

« Elle considère qu’elle a tous les droits. »

Elle revient en France quelques jours plus tard, mais seulement accompagnée de sa dernière fille de 23 mois, Selma. Elle est interpellée à l’aéroport et reconnait aux policiers avoir laissé ses deux autres enfants en Tunisie.
Lors du procès verbal, elle affirme qu’elle ne ramènera Sabrina en France seulement si elle récupère la garde. La police la relâchera après une nuit sans pouvoir la mettre en détention préventive car elle est la seule responsable légale de Selma. Elle est toutefois plus coopérative sur le retour de son fils Karim mais il est à ce jour toujours en Tunisie avec Sabrina.
Selon son ancien avocat, « elle considère qu’elle a tous les droits. Selon elle, elle n’était pas dans l’obligation de dire où se trouvent ses enfants ».

Pour maître Alexia Sebag, « la JAF aurait dû aller plus vite, en donnant dès avril la garde à M. Doyer sans attendre le mois de novembre. » Elle reconnait tout de même qu’il était difficile de se rendre compte de la pathologie de la jeune femme, car « elle est très manipulatrice ».

Ce vendredi sont convoquées les deux parties devant la juge des affaires familiales. Le père de Sabrina et celui de Karim sont toujours dans l’attente de revoir leur enfant. Mais parmi les éléments responsables de cette situation, il y a un système judiciaire français surchargé par manque de moyens. (voir ci-dessous).

* Les noms ont été changés

« Les magistrats sont blasés, à chaque fois on nous dit que tout est une urgence. »

Selon Alexia Sebag, avocate d’Ahmed Doyer, la situation dramatique actuelle résulte d’un système judiciaire surchargé. Ce manque de moyens est connu depuis longtemps et mais reste toujours d’actualité. Elle met aussi en cause la lourdeur administrative :

« On ne peut signifier un jugement [celui de la garde accordée au père. NDLR] seulement par huissier et avec l’original du jugement. Or, nous l’avons reçu le 27 novembre, soit 5 jours après la date du rendu du jugement qu’on reçoit par informatique. En général, on attend entre une à deux semaines pour avoir l’original. Et dans ce cas précis, Mme Cardori a eu le temps de s’organiser pour partir. »

Les policiers, souligne maitre Sebag, n’ont « jamais pris au sérieux les plaintes de [son] client alors qu’il en déposait toutes les une à deux semaines ». Elle rapporte que la JAF avait signalé la situation très problématique au parquet et au Juge des enfants, mais encore une fois, « cela n’a pas était pris au sérieux ».

Pour Maître Alexia Sebag, il est aussi difficile de s’imposer face à la prépondérance des magistrats, intouchables et tout en haut de la hiérarchie judiciaire. :

Il y a beaucoup de failles dans la justice française, surtout dans les affaires familiales. A chaque fois, les magistrats nous disent que tout est une urgence. Ils sont blasés et il n’y a qu’un seul magistrat par affaire et ils ne sont pas contrôlés. Pour bouger les choses, il faudrait instituer un double juge d’instruction.

Les limites de la justice française ne sont pas inédites, et nul ne doute qu’une pile d’affaires avec celle de Sabrina attend patiemment d’être jugée.

Image Flickr CC PaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales  Su morais

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