L’open data des Hauts-de-Seine : un «pionnier» à l’image soignée

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Photo de Jonathan Gray

Les Hauts-de-Seine, département le plus riche de France, est le sixième à ouvrir ses données publiques sur le territoire français. Un mouvement enclenché par Rennes, suivi par les grandes métropoles, et la Gironde, la Saône-et-Loire, le Loir-et-Cher etc. Chaque portail permet aux citoyens d’avoir accès à des données librement accessibles et réutilisables.

A ce jour, 53 jeux de données sont disponibles, répartis dans neuf domaines : patrimoine, culture, politique de la Ville, subventions, habitat, données budgétaires, solidarité, environnement et aménagement du territoire. Ces données sont sous licence ouverte (open licence.) « Cela signifie que, sauf mention contraire, vous êtes libre de réutiliser ces jeux de données, gratuitement et sans restriction d’usage, à la condition de citer la source (conseil général des Hauts-de-Seine) et la date de dernière mise à jour » est-il expliqué sur le site.

L’engouement de la France

En 2010 ouvrait Etalab, le service du Premier ministre chargé de l’ouverture des données sur le territoire, dans le cadre de la loi sur la décentralisation. Les données publiques de la France sont consultables sur le site data.gouv.fr. « La France est dans les premiers pays de l’ePSI Scoreboard, le classement des pays européens en matière d’open data » rappelle Simon Chignard, auteur de L’open data, comprendre l’ouverture des données publiques. Chaque Etat est noté sur sept critères relatifs à l’open data : l’application de la directive PSI de 2003 (directive de l’Union européenne concernant la réutilisation des informations du secteur public), la pratique de la réutilisation, les formats, la tarification, la présence ou non d’accords d’exclusivité, les données publiques locales et enfin les évènements et activités dédiés à l’open data.

Un pays bien noté sur l’open data, et un département qui fait quant à lui figure de « pionnier » selon Simon Chignard : « L’open data est rarement mis en place par le conseil général d’un département. C’est le cas des Hauts-de-Seine, pionnier en matière d’ouverture des données en Ile-de-France » explique-t-il. L’initiative est donc « remarquable » selon Simon Chignard. Remarquable également par « l’investissement important » que le site a nécessité. Le CG a en effet consacré 300 000 euros au site, et 11 mois de travail. Une somme qui laisse penser que les élus ont anticipé le retour sur investissement, et n’ont pas travaillé sur ce projet uniquement dans l’honorable finalité de transparence. Budget du même ordre pour l’Alsace qui prévoit 264 000 euros, de 2012 à 2015, pour son futur portail open data. Claire Gallon, membre de l’association nantaise pour l’ouverture des données publiques LibertTIC, est quant à elle plus modérée sur le sujet. Elle remarque une « initiative intéressante » et confirme l’image de « pionnier » du département des Hauts-de-Seine. « Ils ont utilisé les fonds de carte pour présenter les données. C’est bien de mettre en avant ce travail-là », note-t-elle. Elle estime cependant que le CG du 92, tout comme la plupart des autres portails open data, ouvrent leurs données budgétaires « de façon très synthétique. Il faudrait creuser un peu. » « Creuser », et « contraindre chaque métropole et région française à publier un certain nombre de données », selon Claire Gallon, qui remarque que l’open data commence sérieusement à proliférer en France : « maintenant que les portails open data se multiplient, on commence à regarder les régions qui n’ouvrent pas le leur. » 

« Le travail de sélection des données est fait en fonction d’un angle politique »

Alors que Claire Gallon prône l’utilisation de l’open data comme « un outil collaboratif permettant de combler un manque d’information », l’image publique des Hauts-de-Seine est un enjeu fondamental. « Les administrations sont les premiers bénéficiaires de l’open data » explique-t-elle. « Le développement économique du territoire et l’accès des habitants aux données sont les deux autres intérêts de l’open data. » L’intérêt des administrations, une évidence pour Simon Chignard. « Pour les collectivités, le travail de sélection est toujours fait en fonction d’un angle politique et/ou des données disponibles. Les données que le conseil général des Hauts-de-Seine choisit de mettre à disposition est cohérent avec leur objectif » précise Simon Chignard. Un objectif de valorisation des actions du CG, avec la libération de données comme les parcs et jardins entretenus par le CG, les subventions versées à chaque commune, les quartiers rénovés, etc.

« L’intérêt des collectivités en terme de communication politique n’est pas une histoire de parti » ajoute Simon Chigard. A droite comme à gauche, les portails open data sont l’objet de discours vantant la transparence des données : « Les discours d’Arnaud Montebourg, élu de gauche, et celui de Patrick Devedjian, de droite, sont similaires. Ils ont tous deux misé sur l’objectif de transparence » note Simon Chignard. L’actuel ministre du Redressement productif a inauguré, le 30 septembre dernier, le portail du CG de Saône-et-Loire, dont il est le président.

Scepticisme à gauche

La  stratégie est dénoncée par Martine Gouriet, conseillère générale socialiste de Châtillon. Elle estime que l’ouverture de ce portail est « une très bonne initiative sur le principe. On ne peut que féliciter le conseil général de vouloir être transparent en fournissant des données », explique-t-elle. Joli sur la Toile, mais une illusion de transparence, selon elle : « A ce stade, le portail est un outil de communication. Le site ne contient aucune donnée qui serait défavorable au conseil général. » 

L’élue estime en effet que le CG choisit méticuleusement les données qu’il libère. Parmi celles-ci, la répartition des arbres sur le département (donnée la plus téléchargée en un mois par les visiteurs de la plate-forme), les propriétés foncières du département des Hauts-de-Seine par commune, les médiathèques et bibliothèques de chacune etc. Des informations qui ne risquent pas de mettre les élus en porte-à-faux. Martine Gouriet regrette en effet que « les mauvais chiffres sur les problématiques sociales » n’apparaissent pas. « Le budget pour les associations est en baisse, le conseil gnéral finance trop de logements en catégories intermédiaire, le nombre de voies cyclables est insuffisant sur les routes départementales… », énumère-t-elle. Autant de données publiques mais non dévoilées.

L’accessibilité des données en question

Côté logement, si le CG permet de consulter le nombre de logements sociaux et étudiants qu’il finance, rien n’apparaît sur les autres types de logements, ni sur leur nombre total par catégorie. Un constat cependant : les communes les plus pauvres sont celles où le CG finance le plus de  logements sociaux. 4 160 foyers touchent le Revenu de solidarité active (RSA) à Nanterre, où 347 logements de ce type sont financés par le département (construction neuve, et acquisition-amélioration confondues.) Donnée comparable cette fois-ci avec Neuilly, où seulement 687 foyers sont bénéficiaires du RSA.

Recettes et dépenses de l’année écoulée sont également disponibles et classées sous des appellations plus ou moins claires. Si les termes « sécurité », « enseignement », « culture », « vie sociale », « jeunesse », « sports et loisirs »… ne laissent pas de doute sur les recettes et dépenses concrètes, un autre jargon est bien plus obscure : « prévention médico-sociale », « action sociale hors RMI et RSA » (donc quoi, au juste ?), « dotations et participations », « opération pour compte de tiers » etc. « Les données sont compréhensibles pour les citoyens titulaires d’un certificat d’étude » avait pourtant annoncé Patrick Devedjian.

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Une réflexion sur “L’open data des Hauts-de-Seine : un «pionnier» à l’image soignée

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