Petit Data Noël, où sont tes données par milliers ?

opendata noël

Nous avons tenté d’accéder aux budgets des décorations de Noël de nos mairies respectives. Une démarche à priori facile sur le papier, mais plus compliquée dans la pratique.Florilège de nos dialogues de sourds avec les municipalités, qui témoigne des pénibles avancées de l’open data en France.

Mon beau sapin, roi des forêts, combien coûtes-tu aux administrés ? À l’occasion des fêtes de fin d’année, nous avons décidé de contacter nos mairies respectives pour connaître les dépenses consacrées aux décorations de Noël sur dix ans.

C’était l’opportunité d’évaluer la situation de l’open data en France aujourd’hui. Ce concept consiste à mettre à disposition des données, sous un format réutilisable. Il faut rappeler que la loi n° 78-753 du 17 juillet 1978 reconnaît à toute personne le droit d’obtenir la communication des documents détenus par une administration, quels que soient leur forme ou leur support.

Seulement voilà : après trois semaines de recherches, de coups de téléphones et de déplacements en mairie, bien rares sont ceux qui ont réussi à récolter ces précieux chiffres. Avoir accès à ces données est un vrai parcours du combattant.

Entre moments assez cocasses et réponses décourageantes, nous avons établi un top 10 des retours les plus déconcertants.

1) “Oh la, on n’a rien à lui filer là-dessus”

Florian – Pontoise (95)

La méthode est classique : un coup de téléphone à la mairie de Pontoise. Rapidement orienté vers le service finance, personne ne semble savoir que ces données sont publiques. Mais le meilleur moment arrive… Pensant m’avoir mis en attente, l’employé se tourne vers son collègue :

« Gilles, il y a un mec qui m’appelle pour avoir le budget des décorations de Noël.

Oh la ! On n’a rien à lui filer là ! Dis-lui qu’il envoie un mail au service finance s’il veut vraiment les informations. » 

Trois mails plus tard, aucune réponse.

2) « Vous êtes bien cavalière ! »

Assia – Pierrelaye (95)

À Pierrelaye, il faut croire qu’on est obligé de faire connaissance avec tous les employés de la mairie avant d’avoir les chiffres. Après être passée par l’assistante, le service de la communication et enfin la secrétaire du maire (tout cela sur une période de deux semaines), j’ai enfin pu avoir le début d’une réponse. Le budget est de 16 000 euros, mais concernant les détails, c’est autre chose. Impossible à avoir, j’ai dû sortir l’argument “ce sont des informations publiques ! ”. Réponse de la secrétaire :

« Dites donc, vous avez un comportement très cavalier mademoiselle ! »

3) « Les informations que vous avez demandées ne sont pas confidentielles mais… »

Baptiste – Montmorency (95)

Mon périple open data à des allures d’un roman de Kafka : passer du secrétaire du service financier au fonctionnaire chargé du même service qui me conseille d’appeler le maire lors de sa permanence. Arrivé à avoir le maire au téléphone, il me demande de joindre la personne qui s’occupe du cabinet. Je lui envoie un mail. Il me répond laconiquement, sans vraiment s’intéresser à ce que je lui demande. Je le relance. Aucune réponse. Je le rappelle. Il m’avoue a moitié qu’il a lu mon mail mais ne m’a pas répondu. Il s’engage à me tenir au courant. Toujours aucune nouvelle. Tout ça alors que le service financier détient toutes les informations qui m’intéressent.

4) « La mairie vous a renvoyé vers nous pour se débarrasser de vous ! »

Julie – Paris (17ème)

“Te quiero Paris” : la voix du répondeur est la meilleure réponse que j’ai pu obtenir.

Un homme décroche et m’explique aimablement :

“C’est pas la mairie qui s’occupe de ça !”

Ce à quoi je rétorque :

“C’est pourtant la mairie qui achète les décorations, non ?”

Apparemment non, selon lui, qui me dirige vers la maison des associations de Paris. Je suis sceptique, et j’ai raison de l’être, puisque cette association n’a rien à voir avec le budget des décorations de noël :

« Désolée mademoiselle, mais je ne peux rien pour vous. Je pense que la mairie vous a renvoyé vers nous pour se débarrasser de vous !”

Visiblement, ma demande importune. C’était sans compter sur ma ténacité. Je suis revenue à la mairie et on me dit qu’il faut prendre rendez-vous avec la communication, ce que je m’apprête à faire. Comment prendre rendez-vous avec le service communication ? “Par téléphone.” Bouche bée. Retour à la case départ.

5) “ Ne bougez pas, je vous rappelle… ”


easel.ly

6) “Rappelez plus tard !”

Eline – Nanterre (92)

J’avais en tête le mauvais souvenir  l’accueil peu chaleureux d’un service public dans le cadre d’une démarche administrative. Là au standard, première surprise, le discours est aimable : “Patientez, je vous mets  en relation avec le service concerné.”

Étape numéro une réussie. Reste à avoir l’interlocuteur désiré. Le téléphone sonne dans le vide. Retour vers le standard :

Je pense que  la responsable du service achat est partie déjeuner, elle sera là à partir de 13h30. Rappelez à cette heure-ci.

Il est 14h30, nouvelle tentative avec le service concerné. Toujours aucune réponse.

Je décide de me consoler avec un chiffre que j’ai préalablement trouvé [pdf] sur Internet. 30 000 euros, c’est la somme que la mairie de Nanterre a dépensée pour les réparations des illuminations de Noël en 2011.

7) “Je suis nouveau dans le service, je n’ai pas eu le temps de sortir les chiffres”

Nassima – Bagneux (92)

Lors d’un rendez- vous avec le responsable de l’espace public et de l’environnement, j’ai pu grappiller quelques informations. Voilà comment il a justifié ses imprécisions :

« Le détail du budget est dans les archives, comme je suis assez nouveau dans le service, je n’ai pas eu le temps de les sortir. »

J’ai eu quelques chiffres concernant 2012, similaires d’années en années. À Bagneux, ville de plus de 38 000 habitants, c’est le comité d’agglomération Sud de Seine (Fontenay-aux-Roses, Malakoff, Clamart et donc Bagneux) qui gère les dépenses des décorations de Noël via des prestataires extérieurs.

Le coût total représente 150 000 € : 100 000 € pour la pose et 50 000 € pour la main d’œuvre. La pose des illuminations dure environ 1 mois. Souvent, la durée de vie est de 10 ans. Les renouvellements de motif s’élèvent à 4 000 €. Enfin près de 5 000 € sont consacrés aux sapins de Noël.

8) “Accéder au budget? Mais en quel honneur ?”

Vincent S. Epinay-sur-Seine (93)

J’ai commencé ma démarche par téléphone avec le service financier de la ville. Dialogue de sourds :

“ – Écoutez, je ne sais pas si j’ai le droit de vous communiquer ce type d’information. Il vous faut une autorisation écrite du maire, demandez-la par courrier.

– Ah bon ? Il me semble que ce sont des données publiques pourtant. Est-ce que je peux au moins me contenter d’un e-mail pour l’autorisation du maire ?

– Non, il faut que ce soit fait par courrier adressé directement au maire. Quand vous aurez une réponse écrite je vous communiquerai ce dont vous avez besoin si le maire est d’accord. »

Au final je n’ai pu obtenir que l’accès au budget primitif de 2012 en me déplaçant sur place.

9) “La mairie est débordée”

Sala – Clichy-sous-Bois (93)

Après un premier contact téléphonique avec l’une des secrétaires du maire, j’ai dû patienter pour obtenir le montant des dépenses de la ville pour les décorations de Noël parce que “la mairie est débordée en ce moment”. Quelques jours après, j’ai pu obtenir un chiffre : 70 000 € pour les dépenses 2012 liées à Noël.

Mais aucun autre détail, pas de chiffres concernant les années précédentes : “Si je vous les donnais, ce serait complètement insignifiant. De toute manière, on ne les a pas”. Le ton est très courtois mais les raisons du refus non communiquées. On promet de me rappeler dans les semaines à venir pour le détail des chiffres. Je n’ai toujours pas eu de nouvelles.

10) “Je ne sais pas si j’ai le droit de vous donner ces informations”

Vincent M. – Vauréal (95)

Devant la mairie, des employés installaient les illuminations de Noël, objet de toute l’enquête. Interrogé sur le sujet, aucun n’accepte de répondre, « trop occupé ». « Vous feriez mieux de vous adresser à la mairie », explique l’un d’entre eux.

Une connaissance au sein de la mairie m’avait prévenu :

« Ce sera dur d’obtenir des données au delà de trois ans, les archives sont difficiles d’accès, et peu de choses ont été numérisées. »

Un contact téléphonique avec la réception de la mairie de Vauréal n’avait pas eu non plus de suite, la secrétaire me précisant, après plusieurs minutes d’attente au bout du fil, que de nombreux services étaient concernés par ma requête. Il faudra se rendre sur place pour formuler une nouvelle demande d’accès aux renseignements souhaités. « Je ne sais pas si l’on peut vous donner ces informations là » répond la secrétaire, perplexe. Il faudra contacter par mail la directrice des finances de la mairie. Cette dernière ne répondra que 6 jours plus tard, après deux relances, pour communiquer quelques chiffres épars en précisant que le budget de fin d’année l’occupait énormément.

Résultats finaux : deux démarches ont abouties en partie sur les dix engagées. L’open data reste un principe qui peine à s’appliquer concrètement au niveau local ; la faute à des municipalités sûrement mal informées mais surtout à des demandes trop rares. L’incrédulité de nos mairies respectives témoigne en effet du caractère inédit de nos requêtes pour ces administrations. L’open data est un droit important pour les citoyens mais les droits sont comme les muscles : quand on ne s’en sert pas, ils s’usent.

Image CC Flickr PaternitéPas d'utilisation commerciale Princess Stand in the Rain

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