« Il y a des gens qui boivent une bière, moi je roule un joint…! »

Pierre, 25 ans, prépare une thèse dans le domaine de la géologie. Fumeur régulier de cannabis, il ne fume pas de cigarette, et ne prend aucune autre drogue. Ce défenseur de la légalisation du cannabis explique, décomplexé, ses habitudes de consommation.

 

–       Quand as-tu commencé à fumer et pourquoi ?

J’ai commencé à fumer à l’âge de 15 ans, avec des copains. J’ai découvert le cannabis en soirée. Il y avait souvent des pétards qui tournaient, alors j’en profitais. Ce sont des moments très conviviaux.

–       A quelle fréquence fumes-tu ?

C’est variable. Je fume tous les jours en règle générale, et à diverses occasions, mais il m’arrive de ne pas fumer pendant 15 jours. Je fume tout seul ou entre amis, toujours le soir, jamais en journée, parce que je ne veux pas être « défoncé » en journée. Je le faisais uniquement quand j’étais lycéen. En tout cas, je préfère de loin fumer entre amis plutôt que seul.

–        Est-ce que tu fais partie des 200 000 consommateurs de cannabis qui pratiquent l’auto-culture ?

Il m’est arrivé de cultiver, juste pour ma consommation personnelle. Mais actuellement je ne cultive pas, et je ne vends pas, sauf pour « dépanner » très occasionnellement. Cette plante n’est pas difficile à cultiver mais il faut se cacher, prendre ses précautions… c’est contraignant. Le plus gênant est qu’il faut faire attention aux gens qu’on invite chez soi.

–       Tes proches savent-ils que tu fumes ?

Oui ma famille et mes amis le savent mais je ne le clame pas sur tous les toits ! Je ne m’en cache pas non plus mais c’est loin d’être une fierté.  Je fais encore plus attention quand je cultive, et ça c’est uniquement lié à l’interdiction.

–       Si tu ne cultives pas, où t’approvisionnes-tu ?

Ce n’est pas toujours évident de s’approvisionner, et pas si courant que ça de croiser des dealers dans la rue. Mais il y a des gens qui cultivent régulièrement, alors on se met d’accord, même si je n’achète pas tout le temps à la même personne.

–       Es-tu exigent au niveau de la qualité du produit ?

C’est difficile de trouver des gens à qui on peut acheter du cannabis de qualité.  Mais je fais attention à ce que j’achète, que ce soit le cannabis ou le reste. Je n’achète pas si je pense que ce n’est pas bon. En général je sais d’où vient la marchandise.

–       L’achat de cannabis ne constitue-t-il pas un handicap financier ?

Non ça va, je suis étudiant mais payé comme je fais une thèse. Donc fumer le cannabis ne me pose pas trop de problèmes financiers. C’est moins cher que de fumer la cigarette. Ça me coûte une cinquantaine d’euros par mois.

–       En Ile de France, parmi les interpellations de personnes en possession de cannabis, il y a seulement 52,8 % d’avertissements ou de rappel à la loi. As-tu déjà été interpelé avec du cannabis ?

Oui, une fois, mais la police a pris ce que j’avais et ça s’est arrêté là. Comme c’est le cas pour la plupart des gens en effet.

–       Que t’apportes essentiellement le cannabis ?

Les effets sont différents en fonction des personnes. Moi, ça me détend, je trouve ça relaxant. C’est assez rare que ça me rende euphorique mais ça arrive. Avec l’âge, le rythme des prises de cannabis et sa composition, l’effet change. Moi, ça fait 5 ans que je fume à ce rythme-là alors je suis habitué, et je sais comment je réagis. 

–       Mais en tant que thésard, ne crains-tu pas les effets négatifs du cannabis sur la concentration et la mémoire par exemple ?

Vu que je fume depuis longtemps, je ne me rends pas compte des effets négatifs. Par contre, je me sens toujours fatigué le lendemain matin. Peut-être que le cannabis a des effets sur ma mémoire, mais je ne le ressens pas. Fumer ne m’a jamais handicapé dans ma vie étudiante. Je trouve que je m’en sors plutôt bien !

–       Une étude de l’OFDT montre que « Dans l’ensemble et de façon qualitative, le cannabis fumé se comporte comme le tabac fumé. Les mêmes effets sont retrouvés, en termes de cancer, maladies cardio-cérébro-vasculaires ou respiratoires, avec le même impact aussi sur le risque de maladies infectieuses et sur la vie reproductive. » Comment réagis-tu as ce constat ?

C’est sûr que ça a au moins les mêmes effets que la cigarette puisque l’herbe est mélangée avec le tabac. Donc il y a ces effets néfastes, et des effets en plus. Je suis conscient des risques sanitaires que j’encoure en fumant. L’OFDT dresse un constat que je partage et qui m’inquiète, mais je n’ai pas envie d’arrêter de fumer pour autant.

–       Ressens-tu une dépendance au cannabis ?

Non car j’arrive à arrêter de fumer pendant 15 jours sans problèmes. Mais je sais que je n’ai pas des pratiques de consommation saines. Ceci dit, cela ne m’empêche pas d’être très bien intégré dans la société. Ça n’a pas d’effet néfaste sur mon comportement vis-à-vis des autres. Plein de gens sont d’ailleurs dépendant de l’alcool mais bien intégrés. Moi j’ai l’impression que c’est pareil avec la consommation de cannabis. Ça me permet surtout de vivre des moments conviviaux. Et côté détente, il y a des gens qui boivent une bière dans leur canapé le soir devant leur télévision, moi je roule un joint, c’est la même chose !

–       Que penses-tu de la volonté de certains politiques de dépénaliser le cannabis ?

Je ne suis pas contre la dépénalisation, mais je suis davantage pour la légalisation. Je pense que la dépénalisation apporte moins de bénéfices à la société que la légalisation. La dépénalisation est bénéfique pour les personnes fumant dans la rue, qui ne risquent plus de se retrouver au poste pour un délit ridicule. Mais les avantages de la dépénalisation s’arrêtent là, au contraire des multiples avantages apportés par la légalisation – ne serait-ce que financiers. De plus, la légalisation permettra de prévenir les risques liés au cannabis si le gouvernement considère que sa consommation est un problème de santé publique.

–       Mais ne penses-tu pas que la légalisation du cannabis entrainerait celle des drogues dures ?

Oui, c’est possible, mais pourquoi ne pas légaliser les drogues dures ? S’il y avait de l’héroïne en vente libre, ça ne voudrait  pas dire qu’on irait en acheter. Ce n’est pas en niant un problème qu’on va le résoudre. Pour moi, les gens qui prennent des drogues dures sont malades. Or, ce n’est pas en pénalisant tout le temps des gens qui sont malades, qu’on résout le problème.

–       Selon toi, la légalisation des drogues n’est-elle pas une incitation à leur consommation ?  

C’est bien ce qu’on fait avec l’alcool ! On soigne les gens qui ont une addiction, et pourtant on en vend. Pour moi, ces personnes ont une maladie et ont besoin d’être aidées, au même titre les consommateurs de drogues dures. La consommation de cannabis peut aussi devenir maladive. Tout est une question de pratique de consommation. Je le répète : je sais que la mienne n’est pas très saine !

Propos recueillis par Aurélie Bacheley

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