Dans les plumes du Canard…

Dans une rue chic du 1er arrondissement où le prix au mètre carré chatouille les 10 000 euros, se situent les locaux d’un des journaux les plus anciens de France. L’entrée est discrète. De la rue, il est impossible de deviner que se cache la rédaction d’un célèbre journal satirique. Le seul indice, un petit écriteau de verre à peine plus grand qu’une carte postale. Bienvenue au Canard Enchaîné.

Contrairement aux allures rustiques de la mise en page de l’hebdomadaire, le bâtiment se veut plutôt élégant. Boiseries vertes, ascenseur dernier cri et hauts plafonds, un air luxueux erre dans les couloirs.

Vingt-six marches plus tard, sous la lumière des lustres de la salle d’accueil, se dévoilent les caricatures de plusieurs illustrateurs du journal : Moisan, Kerleroux en passant par Pétillon. Une trentaine de dessins habillent les murs.  Les grincements du parquet s’entremêlent à cette odeur de vieilles bibliothèques où les pages de papier regorgent d’histoires.

L’escalier en colimaçon, abrite un second palier. Les pièces sont quasi vides, d’un coin de l’œil, on aperçoit à peine ces fantômes de journalistes qui guettent les moindres venues de l’antre de la rédaction. Peu à peu, la moquette sèche et terne révèle une autre pièce où un foutoir sans nom s’est enlisé. Dossiers, livres, des centaines de feuilles trônent amassées sur les bureaux. Certaines notes s’épinglent même sur les abat-jours des luminaires.

Vingt-sept pas plus haut, au dernier niveau de l’immeuble, se cachent les dernières tables d’écritures. Tout au bout du corridor, une grande pièce lumineuse accumule les sièges de bureaux surannés. Au milieu des caricatures exposées aux quatre coins de l’espace, près des fenêtres, sont installés deux tréteaux en bois. Deux postes tâchés par l’encre de plume, qui témoignent d’un travail méticuleux. Les griffonnages traînent encore.

Réunies autour de la grande table, les oreilles se dressent avec intérêt sous les paroles de Frédéric Pagès, notre guide d’un jour. Tennis Nike, pantalon et chemise en jeans, lui donnent un look « casual ». De ses yeux, cachés derrière des lunettes noires, il fait un rapide tour de table et commence avec l’histoire du Canard. L’attention est de rigueur. Au fil de la conversation, les sourires pointent et les questions interrogent. L’humour : une arme de paix pour ce journaliste qui déclare amusé qu’il est « payé pour faire des blagues ».

Financement, indépendance de la presse, journalisme web, un examen décortiqué du journal s’opère. Des thèmes essentiels pour Le Canard Enchaîné qui apparaît comme un animal singulier dans le paysage de la presse. «  La publicité est une drogue forte, heureusement nous on y a jamais gouté ». Et cela marche : avec un tirage moyen de 500 000 exemplaires, l’hebdomadaire se dit en bonne situation financière avec un véritable « trésor de guerre ».

On en apprend un peu plus sur leur manière de travailler, leur relation avec les si mystérieuses sources qui leur valent exclusivité et renommée. « C’est un poker menteur. On n’annonce pas tout, on sonde l’autre. C’est un jeu d’annonces. » Avec une règle d’or « on ne révèle pas l’identité de ses informateurs ». Les minutes défilent, les instants paraissent hors du temps.

Aux pieds de l’immeuble, les distributeurs se dépêchent à la préparation de la vente du Canard  prévue pour le lendemain. Des dizaines de papiers défilent les uns après les autres empilés sur des chariots en attendant que les premiers cabinetsministériels dans un « je t’aime moi non plus » viennent chercher les premiers exemplaires…

Anaëlle Domitien

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